Comprendre les intentions de messes
Une partie de la tradition catholique inclut « faire dire une messe » pour une intention particulière. Je suis bien familier avec cette pratique parce que, étant prêtre, je suis celui qui « dit » la messe en question ! Je suis devenu de plus en plus conscient, cependant, que plusieurs catholiques ne sont pas familiers avec cette pratique et que ceux qui le sont, souvent ne la comprennent pas vraiment. Cet article a pour but de dissiper toute confusion et, espérons-le, de nous permettre d’apprécier à quel point l’Eucharistie est un cadeau pour toute l’humanité.
Avant de commencer, voici un point touchant la terminologie. Le vrai nom pour le sacrement dont nous parlons est l’Eucharistie. En termes catholiques romains, nous référons souvent à la cérémonie de l’Eucharistie sous le terme de « messe ». Ce terme vient du mot latin « missa » que l’on trouve dans les paroles de clôture de la version latine du rituel, lorsque le célébrant dit « Ite missa est » (Allez, vous êtes envoyés). Le terme « messe », cependant, est spécifique à la tradition romaine (latine) : dans la tradition byzantine (tels les Grecs orthodoxes ou les catholiques melkites), l’Eucharistie est désignée sous le terme de « divine liturgie » et non de « messe ». Quel que soit le terme employé, l’essentiel à retenir est que, dans le fond, nous faisons référence au sacrement de l’Eucharistie.
Le point de départ : la Dernière Cène
Pour comprendre l’Eucharistie (et en particulier, la tradition des intentions de messes), nous devons retourner au début. L’Eucharistie a été instituée à la Dernière Cène. Durant ce repas, Jésus prit du pain et déclara que c’était son corps. Il prit ensuite du vin et déclara que c’était son sang. Il commanda aussi à ses apôtres de « faire ceci en mémoire » de lui. Chaque messe est notre façon de demeurer fidèle à ce commandement.
La messe est cependant beaucoup plus qu’une simple cérémonie de mémorial. Quand Jésus parla du pain, il déclara que c’était son corps « donné » pour nous. Lorsqu’il parla de son sang, il déclara qu’il le verserait pour nous comme le sang d’une Alliance nouvelle et éternelle. Ces paroles sont des références claires à ce qui devait lui arriver au cours des prochaines 24 heures c’est-à-dire à sa mort sur la croix. L’Eucharistie ne peut donc être comprise séparément du sacrifice de Jésus sur cette croix.
Que la mort de Jésus fût un sacrifice est clairement compris à partir des mots de la Bible. La lettre aux Hébreux consacre de longs passages expliquant comment l’offrande du sang de Jésus est l’ultime sacrifice qui met fin à tous les autres. De façon intéressante, cette lettre réfléchit aussi sur comment Jésus était/est une nouvelle sorte de prêtre, à la suite de l’ancien prêtre Melchisédech, qui vécut à l’époque d’Abraham. Quand Abraham rencontra Melchisédech, après avoir gagné une importante bataille, ce « prêtre du Dieu très haut » offrit un sacrifice d’action de grâce, utilisant du pain et du vin. Ce n’est pas par hasard que Jésus associa à sa propre mort ces éléments particuliers et cette association fait certainement ressortir encore plus clairement la nature sacrificielle de sa propre mort.
La messe est un sacrifice
Aujourd’hui, lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous célébrons donc un sacrifice. Ce n’est pas une répétition du sacrifice de Jésus sur la croix, comme si Jésus devait être sacrifié encore et encore. Ce n’est pas un substitut pour ce sacrifice non plus. Une messe *est*, croyez-le ou non, le sacrifice de Jésus sur la croix, ramené dans le temps présent.
Comment est-ce possible? Pour comprendre ceci, nous devons nous rappeler que la dernière cène n’était pas un souper ordinaire : c’était un repas de la Pâque, célébré comme faisant partie de la tradition juive. La Pâque était elle-même un mémorial des événements entourant la persécution du peuple juif en Égypte et en particulier, leur libération par Dieu. Selon la théologie juive, cependant, lorsque la Pâque était célébrée, il ne s’agissait pas simplement, pour les gens, de tourner leur attention vers le passé mais ces événements du passé se trouvaient ramenés dans le présent pour ceux qui partageaient le repas. On pouvait alors dire que, en mangeant le repas de la Pâque, les Juifs, plus tard, se retrouvaient effectivement à traverser la mer Rouge avec leurs ancêtres d’une façon mystique.
Jésus a institué l’Eucharistie dans le cadre d’un repas qui était un mémorial. Il a dit aussi explicitement que le pain et le vin seraient à jamais utilisés en mémorial, cette fois, du sacrifice de son Corps et de son Sang. À la messe, l’Esprit Saint transforme le pain et le vin en véritable Corps et Sang du Christ. Ceci entraîne effectivement une « déformation temporelle » dans laquelle le sacrifice de Jésus est mystiquement déplacé dans le temps pour se faire présent à nous. Lorsque nous sommes présents à une célébration eucharistique, nous ne tournons pas notre attention vers le passé : nous ramenons effectivement dans le présent le plus grand moment charnière de l’histoire humaine.
La puissance du sacrifice
Le Nouveau Testament dit clairement que la mort de Jésus sur la croix ne fut pas une défaite mais un moment de puissance. L’évangile de Jean mentionne que, à sa mort, « il rendit son esprit » : ceci fait référence à l’âme de Jésus quittant son corps bien sûr, mais aussi a été vu traditionnellement comme le don de l’Esprit Saint au monde. En d’autres mots, les événements de la Pentecôte, lorsque naquit l’Église, furent préparés par cette mort sur la croix. D’autres récits de la passion de Jésus décrivent un tremblement de terre, le ciel qui s’obscurcit, le voile du temple qui se déchire et même la résurrection de quelques morts. Quelques érudits bibliques croient que ces événements n’ont pas réellement eu lieu mais sont décrits comme faisant partie d’une forme littéraire biblique. Même si c’était vrai, cela ne change cependant pas le fait que les auteurs de ces passages ont définitivement vu la mort de Jésus sur la croix comme un moment de sacrifice pivot où la puissance divine était à l’œuvre.
Qui devait bénéficier de ce sacrifice? Nous tous. « Jésus est mort pour nous » dit-on. Devant cette phrase, un petit problème se pose avec une affirmation de ce genre : nous n’étions pas là lorsque le sacrifice fut offert. Nous n’existions même pas. Comment alors le sacrifice a-t-il pu s’adresser à nous ? Comment la puissance de ce sacrifice devient-elle vraie pour nous (maintenant) au 21e siècle ? La réponse se trouve dans le concept de « mémorial » décrit plus haut. Jésus n’est pas seulement mort sur la croix; il nous a donné aussi un mécanisme (l’Eucharistie) par lequel ce sacrifice pourrait être sacramentellement ramené dans le temps. Grâce à ceci, les fruits de ce sacrifice – cette puissance divine, en autres mots, – s’appliquent immédiatement à ceux parmi nous (comme vous et moi) qui sont arrivés sur la scène quelques siècles plus tard.
Le cœur de la messe : la prière eucharistique
Nous voyons tout ce mouvement de grâce dans la prière eucharistique, qui est véritablement le cœur de chaque messe. Il y a plusieurs formes de prière eucharistique, mais, comme exemple, nous pouvons utiliser la seconde prière dans l’usage romain. Elle commence avec ces mots :
toi qui es vraiment saint, toi qui es la source de toute sainteté, Seigneur, nous te prions : Sanctifie ces offrandes en répandant sur elles ton Esprit; qu’elles deviennent pour nous le corps et le sang de Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Notez l’invocation au Saint-Esprit, dont la présence est indispensable pour ouvrir « la déformation temporelle » et permettre à la messe de devenir plus que simplement un geste symbolique.
Au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa passion, il prit le pain, il rendit grâce, il le rompit et le donna à ses disciples, en disant :
« Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous »
De même, à la fin du repas, il prit la coupe; de nouveau il rendit grâce, et la donna à ses disciples en disant :
« Prenez, et buvez-en tous, car ceci est la coupe de mon sang, le sang de l’Alliance nouvelle et éternelle, qui sera versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés. Vous ferez cela, en mémoire de moi. »
Celles-ci sont les critiques « mots de l’institution » qui rappellent le dernier repas lui-même. Par ces paroles, le pain et le vin, sur qui l’Esprit a déjà été invoqué sont changés en Corps et en Sang du Christ. Les mots mêmes clarifient l’association du Corps et du Sang avec la croix et aussi le fait que ce sacrifice soit associé à un mémorial (au sens juif du terme).
Faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils, nous t’offrons, Seigneur, le pain de la vie et la coupe du salut, et nous te rendons grâce, car tu nous as choisis pour servir en ta présence.
Après les paroles d’institution, vient une simple prière d’offrande. Chaque fois qu’un animal était sacrifié dans un rituel religieux, une prière était faite pour offrir le sacrifice à Dieu. Lorsque Jésus était sur la croix, il s’en chargea lui-même (voilà pourquoi nous disons que Jésus était « à la fois prêtre et victime » dans cette situation). Cependant, alors que, durant la messe, le Corps et le Sang sont tout aussi présents, la voix réelle de Jésus faisant l’offrande n’est pas entendue. La prière d’offrande est alors prononcée par le prêtre agissant en la personne du Christ. En effet, toute la prière eucharistique est offerte d’une manière sacerdotale, voilà pourquoi elle est presqu’entièrement réservée au prêtre.
Ce qui suit est cependant d’un intérêt particulier pour le sujet de notre article. Rappelons-nous que le sacrifice du Christ a libéré une puissance divine dans le monde. La messe ramène ce sacrifice dans le monde et les prières qui suivent (dites « d’intercession ») visent à appliquer les fruits de ce sacrifice à des intentions particulières.
Humblement, nous te demandons qu’en ayant part au corps et au sang du Christ, nous soyons rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps.
Souviens-toi, Seigneur, de ton Église répandue à travers le monde : fais-la grandir dans ta charité le pape N., notre évêque N., et tous ceux qui ont la charge de ton peuple.
Souviens-toi aussi de nos frères qui se sont endormis dans l’espérance de la résurrection, et de tous les hommes qui ont quitté cette vie : reçois-les dans ta lumière, auprès de toi.
Sur nous tous enfin, nous implorons ta bonté : Permets qu’avec la Vierge Marie, la bienheureuse Mère de Dieu, avec les Apôtres et les saints de tous les temps qui ont vécu dans ton amitié, nous ayons part à la vie éternelle, et que nous chantions ta louange, per Jésus Christ, ton Fils bien-aimé.
Celles-ci sont de puissantes prières! Nous demandons à la puissance divine du sacrifice eucharistique d’accomplir un certain nombre de choses telles que :
- Le rassemblement dans l’unité de tous ceux qui partagent le Corps et le Sang du Christ
- La croissance dans l’amour de l’Église
- Le rassemblement au ciel de tous ceux qui sont morts dans l’espérance de la résurrection
- La « valorisation » (justification et sanctification) du peuple ce Dieu
Voici, en résumé ce qu’accomplit la messe : elle ramène au temps présent le sacrifice de Jésus sur la croix et elle demande que les fruits de ce sacrifice s’appliquent à un certain nombre d’intentions.
Qu’en est-il des intentions particulières ?
Alors que chaque prière eucharistique mentionne un certain nombre d’intentions (pas nécessairement communes à chaque prière eucharistique), ces intentions tendent à demeurer plutôt générales. Il n’y a pas mention, par exemple, que les fruits du sacrifice du Christ servent à aider une personne à trouver un emploi, à réussir un examen, à guérir d’une chirurgie, ou quelque chose d’autre. En même temps, ces demandes peuvent être parfaitement valables. Où peut-on les placer ?
En premier lieu, lors des prières eucharistiques, il est possible d’ajouter aux intentions de prières, les noms de certaines personnes qui sont décédées. Dans la prière eucharistique numéro 2 mentionnée plus haut, le prêtre peut insérer ce passage :
Souviens-toi de celui que tu as appelé auprès de toi. Puisqu’il a été baptisé dans la mort de ton Fils, accorde-lui de participer à sa résurrection.
La première prière eucharistique, appelée aussi Canon Romain, permet même de mentionner plusieurs noms de personnes.
Souviens-toi de tes serviteurs, N. et N., qui nous ont précédés, marqués du signe de la foi, et qui dorment dans la paix… Pour eux et pour tous ceux qui reposent dans le Christ, nous implorons ta bonté : qu’ils entrent dans la joie, la paix et la lumière.
Le Canon Romain est unique parmi les prières eucharistiques puisqu’il permet de commémorer les membres vivants de l’Église :
Souviens-toi, Seigneur, de tes serviteurs, N. et N., et de tous ceux qui sont ici réunis, dont tu connais la foi et l’attachement.
La valeur pastorale de mentionner une intention précise de cette façon, ne devrait pas être sous-estimée. En même temps, les fruits de l’Eucharistie ne devraient pas se limiter aux intentions mentionnées dans la prière eucharistique. La prière d’ouverture de l’Eucharistie a traditionnellement été appelée « collecte » parce que, à ce moment, le prêtre « collecte » toutes les intentions de prières des personnes présentes à cette messe. C’est pourquoi certaines collectes elles–mêmes ont un but spécial. La collecte à une messe de funérailles, par exemple, exprime une intention particulière spécialement articulée pour la personne défunte. Il y a des « collectes à but spéciaux » pour toutes sortes de situations : pour bénir le travail, pour la productivité de la terre, pour la paix (incluant un usage spécial en temps de guerre ou de trouble civil), en temps de désastre naturel, pour différents besoins de l’Église, ainsi de suite.
Au sein même de la structure de la messe, se trouve donc un équilibre spécial. D’un côté, nous demandons à Dieu de faire rejaillir les fruits du sacrifice de Jésus sur toutes sortes de situations dans des catégories larges. D’un autre côté, nous pouvons également mentionner spécifiquement des intentions particulières qui nous tiennent à cœur.
Dons pour des messes et autres questions délicates
À ce stade-ci, nous devons discuter d’un sujet qui rend bien des gens mal à l’aise : faire une offrande pour une intention particulière. Tel que mentionné précédemment, il est possible pour une messe particulière d’inclure parmi ses intentions, une sorte d’intention particulière. Les fidèles chrétiens demandent souvent cette question aux prêtres : « Père, pourriez-vous s’il vous plaît penser à telle ou telle personne lors de votre messe aujourd’hui ? » Cette phrase, nous l’entendons souvent. En théorie, il n’y a pas de problème à cela : pour reprendre un exemple que nous avons déjà vu, la structure même du Canon Romain permet d’inclure plusieurs noms d’une manière explicite.
Cependant, ce qui devient délicat est le fait qu’un petit don est souvent associé à l’intention demandée. À la base, ce don a pour but d’aider à couvrir les dépenses reliées à la célébration de la messe. Après tout, quelqu’un doit défrayer le pain et le vin utilisés lors de cette messe. Ceci va cependant plus loin. La messe nécessite également des livres, des chandelles, du linge d’autel, dont le coût peut être étalé sur plusieurs messes. Que dire aussi du bâtiment ecclésial où la messe est célébrée? L’entretien des bâtiments reste bien coûteux, après tout. Le don pour une messe a pour but d’aider à couvrir les dépenses réelles reliées non seulement à cette messe particulière, mais aussi à toute l’infrastructure requise pour célébrer dignement l’Eucharistie. En tant que tel, demander une offrande n’est pas injuste : après tout, si on désire qu’on mentionne une intention particulière à la messe, il faut qu’il y ait une messe en premier lieu. Le don est tout simplement une manière d’aider à concrétiser la chose.
Un problème spécial survient cependant, celui du coût. Si le coût total de « l’infrastructure de la messe » était simplement divisé par le nombre de messes célébrées, le « coût » individuel d’une messe serait si élevé que les plus démunis ne pourraient jamais se permettre de faire célébrer une messe avec une intention particulière. Faire célébrer une messe avec une intention particulière pourrait facilement devenir une marque de statut social – ce qui serait une perversion totale de son sens profond. Pour aider à résoudre ce problème, les communautés ecclésiales financent généralement autrement leur vie liturgique, par exemple par la dîme paroissiale ou la quête du dimanche. Notons que même ces moyens ne suffisent pas à résoudre entièrement le problème, car ceux qui ne vont pas régulièrement à la messe dominicale mais qui désirent des services particuliers tels qu’un baptême, un mariage ou des funérailles sont en fait subventionnés par ceux qui sont des pratiquants assidus : ceci n’est pas une situation réellement juste non plus, mais certainement meilleure qu’une division basée sur la classe sociale.
Un autre problème spécial se présente et qui est encore plus délicat. Une des dépenses rattachée à la célébration de la messe est celle d’avoir un prêtre. Les prêtres doivent se nourrir. Ils ont besoin de vêtements et d’un toit sur leur tête. Ils doivent être formés et idéalement se maintenir à jour dans cette formation. L’offrande de messe alors a pour but d’aider le prêtre à vivre. Comme vous pouvez l’imaginer, ce système peut facilement faire l’objet d’abus. Par exemple, quel montant tel prêtre pourrait-il demander pour une messe? Si plus d’une intention doit être mentionnée dans une célébration particulière, le « taux » pour chaque intention demeure-t-il le même (et ceci ouvrant la porte à la tentation d’avoir PLUSIEURS intentions payées par messe)? Et que penser du risque qu’un prêtre devienne un « robot de messe », célébrant BEAUCOUP de messes dans la journée juste pour arriver à encaisser plus de dons pour des intentions?
Malheureusement, tous ces abus se sont déjà vus. En effet, ils faisaient partie des motifs de la Réforme protestante. Alors que Martin Luther aimait l’Eucharistie, il la renomma le « Repas du Seigneur » et dit ceci au sujet de la « messe » :
Puisque des abus innombrables et indescriptibles sont apparus partout dans l’achat et la vente de messes, il serait prudent de se passer de la messe pour nulle autre raison que de mettre un frein à de tels abus, même si elle possédait une certaine valeur intrinsèque… La messe est et ne peut être rien d’autre qu’un travail humain, même un travail de funestes misérables … (Articles de Smalcald, Partie II, Article II)
L’Église catholique ne s’est pas passée de la messe, bien sûr, mais a assurément essayé d’aborder le problème de plusieurs manières différentes.
En premier lieu, tous les curés sont obligés d’offrir une messe par semaine pour les intentions de leurs paroissiens. Le curé ne reçoit rien pour cela : c’est un cadeau aux gens de sa communauté, qui savent maintenant à leur tour que leurs intentions sont incluses dans cette « super-intention ». La messe comportant cette intention doit être la principale du dimanche pour cette communauté, afin que le plus de monde possible puisse y participer.
Ensuite, les évêques d’une province ecclésiale sont tenus d’établir un montant uniforme suggéré pour une offrande de messe. Ce montant est typiquement très bas, de sorte que ce n’est souvent rien qu’une référence symbolique par rapport au soutien requis pour permettre la célébration de la messe en premier lieu. Par exemple, ici à Montréal et les diocèses avoisinants, l’offrande de messe standard est de $5. Cependant, même si une personne contribue un montant plus élevé, la pratique courante est que la part de l’offrande de messe qui va au prêtre est limitée à ce $5. Une personne pourrait choisir de donner $500,000 à la paroisse pour une intention de messe particulière, mais le prêtre reçoit quand même un maximum de $5.
Afin de prévenir l’abus de la multiplication des messes, le droit canon normalement empêche un prêtre de dire plus d’une messe par jour. Par contre, il peut y avoir des cas où la nécessité pastorale exige que le prêtre dise deux ou même trois messes, et dans ces situations le droit canon indique clairement que le prêtre peut toucher uniquement l’allocation d’une seule messe par jour.
De plus, pour prévenir l’abus de la multiplication, non pas des messes mais des intentions payées à l’intérieur d’une seule messe, le droit canon exige normalement qu’il n’y ait pas plus d’une seule intention payée par messe. L’Eucharistie, après tout, est supposée être une manière d’accéder au pouvoir du sacrifice du Christ. En limitant les messes à une seule intention payée, on préserve le sens de responsabilité de ce qui est nécessaire pour rendre la messe possible, tout en empêchant la messe de prendre la tournure d’une collecte de fonds.
Enfin, le droit canon permet certainement que la messe soit dite même si elle n’implique pas d’intention payée, et dans certains cas ceci est même moralement nécessaire. Par exemple, si une personne ne peut vraiment pas rencontrer le seuil minimal pour l’offrande de messe, il serait considéré comme un abus de la part du prêtre de refuser de dire une messe pour l’intention particulière de cette personne. En toute simplicité, les plus pauvres ne doivent jamais être exclus de la fontaine de grâce qu’est l’Eucharistie.
Faire une demande pour une intention de messe
J’espère que les lecteurs de cet article se demandent maintenant comment leurs propres intentions particulières pourraient être associées à l’Eucharistie. Bien sûr, nous sommes invités à prier Dieu en tout temps pour nos besoins (et ceux des autres), et ceci peut (et doit) se faire hors du contexte immédiat de la messe. Ceci étant dit, vu que l’Eucharistie est le moment par excellence par lequel la puissance divine est introduite dans nos vies, il est aussi parfaitement normal que nous voulions que ces intentions de prière que nous portons intérieurement, soient associées à la célébration de l’Eucharistie d’une manière spéciale. En effet, il serait étrange qu’une personne veuille que Dieu écoute ses demandes, mais en même temps qu’elle refuse de présenter ces demandes au sein de l’Eucharistie : ce serait une vraie contradiction.
Donc, comment une personne peut-elle avoir ses intentions associées spécialement à la puissance du sacrifice de Jésus telle qu’on la trouve dans l’Eucharistie ?
La méthode la plus simple est la plus évidente : allez à la messe! Portez l’intention dans votre cœur pendant votre trajet vers l’église. Offrez silencieusement cette intention lors de la collecte, au moment de silence après que le prêtre ait dit « prions ». Même si personne n’a pas physiquement entendu l’intention ou n’a aucune connaissance de son existence, l’intention a déjà été placée sur l’autel d’une manière spirituelle. Quand vous recevez la communion, complétant ainsi votre participation au sacrifice eucharistique, votre intention devient ouverte à la plénitude de la puissance que l’Eucharistie représente.
Et si vous n’êtes pas en mesure d’assister à la messe vous-même, ou si, pour une raison quelconque, vous ne pouvez recevoir la communion? Heureusement l’Église n’est pas une communauté d’étrangers, mais de frères et sœurs qui sont appelés régulièrement à prier les uns pour les autres. Rien ne vous empêche de demander à quelqu’un d’offrir l’intention à votre place. Votre intention devient alors la leur (devenant accessible à la grâce qui « jaillit » à la communion). Tout catholique en règle peut être un intercesseur de cette manière et c’est une manière magnifique d’exprimer la réalité que chaque chrétien est appelé à faire partie du « peuple sacerdotal » de Dieu. Les gens adressent souvent ce genre de demande spéciale au prêtre lui-même. Cette demande peut être faite pour plusieurs raisons dont une principale est que, en autant que ce soit approprié, le prêtre peut annoncer ces intentions spéciales à la communauté, invitant ainsi les autres dans ce mouvement de prière.
En effet, une manière très simple et courante de faire en sorte qu’une intention soit associée avec l’Eucharistie est de contacter la paroisse elle-même. La plupart des paroisses modernes ont un système pour recevoir les intentions des gens, et souvent ce n’est pas plus compliqué que de téléphoner ou de visiter le bureau paroissial et d’en faire la demande. La personne qui fait la demande a la possibilité de faire une offrande (les raisons ayant été mentionnées plus haut), et, souvent, un petit symbole (tel qu’une carte de messe) est remis comme indicateur concret que l’intention a bien été reçue. En effet, le grand avantage de cette façon de faire est de pouvoir réserver une date précise pour cette intention, permettant ainsi aux personnes de venir et d’assister de façon spéciale. Par exemple, si une intention particulière de messe est pour le repos de l’âme de quelqu’un, il est probable que les membres de la famille ou les amis voudraient y assister – avoir une date réservée à l’avance permet que cette occasion spirituelle puisse avoir lieu.
En dernier lieu, je voudrais mentionner combien il est important de prier chaque intention que nous portons dans notre cœur. Il est définitivement louable de demander à d’autres de porter nos intentions à l’Eucharistie, mais nous devons éviter de « refiler la responsabilité » spirituellement. Si vous ne pouvez pas assister à une messe pendant laquelle une intention particulière est présentée, il serait spirituellement valable de prendre néanmoins un temps de prière afin de vous associer à cette offrande, même à distance. Si possible, vous pourriez demander la communion en dehors de la messe pour compléter cette offrande—ce n’est pas important si *cette* hostie n’a pas été consacrée durant *la* messe à laquelle l’intention a été offerte, car chaque hostie consacrée reste autant le Corps du Christ que toute autre. Enfin, je devrais souligner que même si vous n’êtes pas en mesure d’aller à la messe vous-même ou de trouver quelqu’un pour porter l’intention à la messe pour vous, n’oubliez pas (comme nous avons vu) que chaque prière eucharistique mentionne plusieurs intentions « globales », dans lesquelles votre intention fait probablement partie. Il est possible d’offrir nos besoins et nos demandes d’une manière eucharistique même en dehors du contexte d’une Eucharistie spécifique et, en effet, à chaque fois que nous prions, nous devrions présenter au Seigneur nos besoins avec un cœur eucharistique.

